« Monsieur le président, Mesdames les conseillers, mesdames et messieurs les jurés.
Ce 25 novembre :
jour tant attendu pour ces victimes qui attendent ce procès depuis plusieurs années,
journée nationale pour la lutte contre la violence faite au femme
jour de l’adoption de la loi entrainant le durcissement des sanctions dans le cadre des récidivistes sexuels
1.
Outre Madame X. que je représente et qui est ici présente, je viens pour défendre une autre mal-aimée, une autre méprisée. Je viens pour défendre la morale.
Oh, je sais ! Du fait de l’absence de la morale à mes côtés, la défense aura beau jeu de vous la présenter comme ce qu'elle n'est pas : une morale austère et grave.
Mais c'est moi, qui aie personnellement tenu à ce qu'elle ne soit pas présente aujourd'hui. Depuis des siècles la morale résiste vaillamment aux coups, aux bleus et aux crachats, je ne voulais pas qu'aujourd'hui, une fois de plus, la morale se sente prise en otage.
Otage, elle ne l'est que trop souvent : otage des réseaux internets trop libertins, otage de la vulgarisation des scènes sexuelles, otages des films manichéens, otage des procès inefficaces !
Oui ce mal existe, c’est ce criminel sexuel, qui non content d’avoir violé, accuse encore ses victimes de prostitution. Et c'est ce mal qu'il me faut aujourd'hui combattre avec vous.
Avec Mr GRESS, les crimes sexuels -- nous l'avons bien compris depuis de début des débats hier -- le mot d'ordre n'est pas vérité, n’est pas remord, n’est pas conscience, le mot d'ordre est impunité.
Bien ou mal, avec ces criminels sexuels, cela n'a pas d'importance : tout est nivelé. Avec Mr GRESS, la morale est morte.
2.
Alors, j’admire le courage de ces femmes qui ont osé dénoncer, dénoncer ce mal tout particulier..
Je rappelle que Mme X., a subi la terreur :
Ø La terreur de mourir,
Ø la terreur de rapports sexuels non consentis
Ø la terreur d’un éventuel retour de son agresseur sur les lieux,
Ø accessoirement a subi le vol de son sac à main puis l’indifférence d’un automobiliste à qui elle demandait de l’aide dans sa fuite contre CE criminel.
Je vous rappelle qu’en raison de ces viols, elle a subi le lourd traitement tritérapique obligatoire.
Je vous rappelle que les nombreuses auditions sur plusieurs années et les confrontations avec l’agresseur qui nie, ne sont pas là pour cicatriser la douleur de la victime, bien au contraire.
Je vous rappelle aussi que Mme X. a doublement été touchée par cet acte criminel :
Ø Dans sa chair d’abord, par ce viol abominable, atteinte manifeste à son intégrité physique
Ø Et dans la chair de sa chair puisque son fils avec qui elle vit seule et qui été à peine âgé de 12 ans au moment des faits, a connu une dramatique déchéance après l’annonce de l’agression de sa mère,
3.
Aujourd'hui, Mr GRESS est coupable.
Coupable de viol, coupable de vol, coupable de mensonges et d’atteinte à l’honneur et de toutes les conséquences qui résultent de ce comportement immoral et blessant.
Lire le dossier pénal à ce sujet est tout à fait édifiant :
On apprend que Mr GRESS a systématiquement inspiré une peur immense à ses victimes, toutes sans exception. Y compris aux femmes prostituées concernées par ce dossier, pourtant plus ou moins soumises à des comportements moins respectueux. Le calme imperturbable de leur agresseur leur faisait croire à un destin funèbre. Madame X se voyait déjà morte, la peur l’a totalement tétanisé
On apprend aussi que Mr GRESS sait utiliser la violence quand, ses souhaits ne sont strictement assouvis, il a trainé ma cliente dans le champ de maïs, et a utilisé la force physique pour lui faire faire une fellation
On apprend aussi que Mr GRESS est un vulgaire voleur de pacotille en dérobant 10 ou 20 € dans le sac de ses victimes
On apprend que Mr GRESS dire tout et son contraire, que l’honnêteté n’est pas sa tasse de thé et qu’il n’entre en voie de révélations que par bribes éparses,
se disant certainement : Ni vu, ni connu, ni puni !
Qu’en tout état de fait, les viols de ces femmes sont clairement détaillés dans leurs auditions, et j’épargne à ma cliente une nouvelle lecture douloureuse de ses propres supplices.
La culpabilité de Mr GRESS est grande.
4.
La défense vous dira que Mr GRESS n'est quand même pas responsable si les victimes sont montées volontairement dans sa voiture, et que la situation ne fait que refléter ce qu'elles demandaient, considérant Mr GRESS comme le simple instrument de leur désir!! Faux arguments !
La défense pourra toujours vous dire qu’il faut appréhender l’acte volontaire d’être monté dans le véhicule.
Soit ! Mais encore faut-il qu'il y ait acte vraiment volontaire,
Qu’en est-il face aux discours d’un prédateur opérant selon un scénario rondement huilé et dont l’objet est justement de faire monter sa proie dans son véhicule aux fins de la violer?
Son apparence faussement aimable et sa proposition faussement honnête de les conduire à leur destination toute proche mettaient en confiance ces piétonnes qui acceptaient d’être conduite par Mr GRESS.
Leur accord a été forcément vicié.
5.
Le passé de Mr GRESS nous indique une agression sexuelle sur mineur en 1991. Pourquoi devant cette Cour ces faits qui intéressent au 1er chef sont justifiés ?
Y a-t-il eut un suivi judiciaire ou médical envisagé après l’incarcération ? Aucune indication ! si oui a-t-il été respecté ? aucune indication
Le passé de Mr GRESS nous indique qu’il a été interdit bancaire et qu’il a été condamné en 1997 pour vol avec violence ayant entrainé une ITT de plus de 8 jours. Sur une femme ? on ne sait pas !
Madame X. l’ex-femme de Mr GRESS avec qui il a vécu plus de 20 ans, peint une triste image du père de ses enfants : « aujourd’hui j’y crois (à la révélation des viols commis par son mari). J’ai appris au fur et à mesure à le connaître. « C’est un manipulateur, un menteur. Elle nous fait part du discours de Mr GRESS sur les femmes les considérant toutes comme des « prostituées » et n’hésitant pas à traiter son épouse de trainée et sa fille de salope.(D 669)
Mr GRESS n’est pas un primo délinquant, bien au contraire, il connaît les rouages de la justice et les manie avec délicatesse.
6.
Impunité, parce que quoiqu’il en advienne, les seules victimes resteront ces femmes, marquées à vie : le viol c’est tuer la femme dans la femme.
En l’espèce, la récidive est presque à envisager compte tenu de ses antécédents judicaires : que peut faire la justice ?
En l’espèce, le criminel donnera l’illusion de confiance pour réduire sa peine : que peut faire la justice ?
Vous me direz : Condamnation, certes !
Vous me direz : prison ferme, certes !
Je vous dirais : remises de peines, hélas certes !!
Remises de peines et aménagements de peines font partis de l’attirail judiciaire comme les pouvoirs qui vous sont délégués aujourd’hui.
Légitimes sont vos pouvoirs d’apprécier voire sanctionner dans cette affaire, légitimes seront demain les demandes de remises quasi-automatiques de peine déposées par Mr GRESS.
Si moi j'ai une perversion sexuelle cliniquement constituée -- comme celle de Mr GRESS par exemple -- et que mon seul but est de conquérir ma liberté perdue et quitter ma cellule – car comme Mr GRESS je n’aime pas la prison--- je donnerais toutes les garanties de stabilité et de guérison nécessaires à une libération conditionnelle : une famille stable, un travail régulier et un entourage présent pour me soutenir, et finalement petit à petit j’atteindrai mon objectif : sortir.
Concernant l’aspect confiance de l’agresseur, l’attitude de Mr GRESS n’est pas en reste puisqu’il est décrit par son entourage comme inspirant de la confiance au point que l’un de ses collègues de travail, a pris en charge un crédit automobile en lieu et place de Mr GRESS, il s’agit quand même d’un engagement fort envers une simple connaissance professionnelle, force de persuasion de Mr GRESS n’est pas à douter !
Vous me direz : Le suivi post carcéral, parlons-en la presse abonde de faits divers macabres épinglant les manques de moyens de la justice.
Vous me direz, il existe des traitements médicaux pour faire face au mal de Mr GRESS: la défense pourra vous le dire, la défense pourra vous montrer les preuves qu'elle a à ce sujet.
Quoiqu’il en soit, vous n’êtes pas sans savoir que tout élément médical n’est applicable qu’avec le concours volontaire du patient. La castration chimique ? C’est un acte médical dont le monde judiciaire ne saurait imposer, la justice n’a pas son mot à dire en la matière !! Secret médical oblige !!
7.
Non, je le dis : les crimes sexuels sont mal appréhendés dans leurs sanctions et restent pour les victimes des épreuves bien souvent taboues.
Non, Mr GRESS ce n'est pas seulement le reflet de l'absence de morale: Mr GRESS est un amplificateur de vices.
Pensons à nos filles, vues par le regard de ces criminels sexuels : ca fait froid dans le dos. Proies quotidiennes de ces prédateurs sous pulsions.
La morale est en berne, le taux de criminalité sexuelle est en hausse : ce criminel sexuel recommencera comme il l’a fait après 1991.
Quelle leçon a-t-il tiré de ce 1er crime ? Aucune si ce n’est de récidiver !
Le sperme retrouvé sur Mme X. confond irrémédiablement Mr GRESS, les blessures constatées sur les parties intimes démontrent l’absence de consentement, la terreur exprimée par les victimes, se sentant en danger mort témoignent de la dangerosité de cet individu. Dès lors, je crois que tout est relativement clair : Mr GRESS est coupable de des faits de viols.
Je vous ai montré les faits, vous connaissez les textes qui vous autorisent à le punir.
Partant, vous devrez entrer en voie de condamnation sans retenue, à savoir prononcer la peine maximale, sans oublier d’interdire au criminel la possibilité de s’installer à proximité immédiate du domicile Mme X. après son incarcération.